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Bergère de cœur 

CECI m'a amené ICI et AUJOURD'HUI .

...Texte de Mai 2015...

 

Une page va se tourner sur cette belle aventure de bergère, une page qui fût pleine de rebondissements, un apprentissage incessant.
La rencontre avec l’essentiel, le simple, le profond, la rudesse de la vie, la proximité avec sa fragilité aussi.
J’ai entamé ce chapitre avec beaucoup de passion, une matière, une ouverture sur la création qui ne demande pas de pollution et de consommation … les encouragements de mon entourage aussi était un bonheur, une plénitude, un accomplissement de ce penchant créatif. La confiance au début de cette expérience était une belle énergie. 


Le début était presque euphorisant … et puis cette perte douloureuse, la mort qui a frappé la personne qui me soutenait le plus m’a mis face à ma solitude et mon impuissance. Des sentiments d’abandon et d’injustice m’ont envahi…. Un goût amer et une plaie béante à jamais dans mon cœur… COMMENT RETROUVER LE GOÛT ? COMMENT RETROUVER LA FORCE ?


Autant de questions auxquelles je n’ai pu répondre tout de suite… mais sans que j’y prenne garde, des éléments petit à petit, un peu à mon insu se sont mis en place…
Un terrain s’est présenté, un projet s’est profilé, et ce besoin de combler un trou béant, un besoin de remplir ma tête de tellement d’actions pratiques du quotidien que le troupeau est arrivé tout aussi naturellement que le terrain où j’allais pouvoir le loger…

 


C’est ainsi que nous nous sommes associé mes compagnes laineuses, mes belles et douces brebis qui m’ont emporté dans le tourbillon de leurs besoins, ainsi j’ai pu m’oublier… j’ai pu oublier ma tristesse, je me suis laissée emporter avec bonheur dans cette aventure en pleine nature…
Il y a eu la formation théorique, la rencontre avec d’autres passionnés, un partage, un enrichissement personnel… Une vie calme, emprunte de sérénité, un objectif utile, travailler pour nourrir ou offrir des matières nobles et naturelles… Oui, tout prenait un sens. La proximité du troupeau m’a appris à relativiser, à aborder la mort, la maladie directement, sans chichi, sans tabou, leur humilité face à la mort, le lâcher-prise, leur façon de s’abandonner était un enseignement que je n’ai trouvé dans aucun livre philosophique ou spirituel. Il y a eu ces moments de vie nouvelle, de naissances, la relation d’une mère avec son petit, la loi du plus fort aussi , l’établissement d’une hiérarchie dans un troupeau , si proche de l’homme… le plus fort passe toujours devant et les faibles se font taper et en meurent parfois. 
J’ai appris avec mes bêtes beaucoup plus qu’en 20 ans avec les hommes, leur psychologie, leur masturbation intellectuelle parfois n’était qu’un gros brouhaha face au constat que j’ai pu faire en observant la nature.

 


Ce chapitre se referme oui, un peu vite, je n’ai pas pu m’y préparer vraiment comme je l’espérais, mais là encore j’ai beaucoup appris sur les hommes, leur loyauté, leur droiture et le respect de la parole donnée (ou pas !)… J’ai appris sur l’amitié la vraie, et puis sur les fausses compassions et la non action … comme à la mort de celui qui me soutenait certains ont fui et d’autres m’ont nourri de leur belle énergie, pour cela je ne les remercierais jamais assez… Quel cadeau ! Quelle chance … 
Un chapitre s’achèvera dans quelques jours, au départ de mes brebis, compagnes de vie, je sais que même si j’y suis préparée, si je l’ai même souhaité je vais devoir apprendre à me détacher, la séparation sera douloureuse car le partage et le bout de chemin était intense, un peu comme un apprenti qui doit quitter son maître pour apprendre à avancer seul… Entamer un nouveau chemin sans elles sera difficile.
Les parcours initiatiques sont très éprouvants même si on en ressort souvent plus fort.


Même si je sais où aller, que faire « après » …
Une partie d’elles continuera à pâturer dans mon cœur … je ne suis pas certaine de pouvoir retrouver la sérénité des sorties en colline sans elles à contempler, à photographier, à observer chacune avec leur caractère et le lien si unique que j’ai créé avec elles. 
C’est difficile de conclure je n’ai pas le recul, j’ai le nez dedans, je suis encore toute rayonnante de cet apprentissage, je suis encore à leur service jusqu’à leur départ si proche.
Je voulais laisser une trace écrite, un sillage dans mes pensées, donner une dimension a cette aventure en la partageant encore un peu avec vous qui partagez cette page qui est née en 2009. (texte partagé sur FB ayant touché beaucoup de monde)


Les lapins angoras restent avec moi, la laine sera toujours au goût du jour et nous allons continuer à la valoriser même si la laine vient des brebis de mes amis… La transmission de savoir va continuer et prendre une plus grande place car la passion reste ardente et l’envie de l’augmenter en la partageant aussi. 
Je serais sans doute un peu silencieuse le temps de leur dire au revoir, le temps de passer le relais, le temps d’entamer une belle page blanche où tout peut arriver, les nouvelles idées germent déjà … 
Mais on ne quitte pas des êtres vivants comme on change de bureau, le pouvoir de la vie, l’intervention qu’on a pu faire dans le rythme de la nature, la confiance établie entre un berger et ses brebis ne s’efface pas comme un poème écrit à la craie … elle reste gravé quoique l’on fasse et où que l’on aille elle laisse un silence dans l’âme, un silence que je garderai comme un refuge pour les jours de grand vent quand j’aurai besoin de me ressourcer.
Je remercie la vie de m’avoir fait connaître cet espace sacré, je remercie ces belles brebis de m’avoir suivi confiantes dans les collines, j’ai pu être leur protectrice, j’ai retrouvé la force et le goût .

"J'ai découvert le plaisir de l'éthologie. A l'époque, on appelait ça la "psychologie animale" et c'était une discipline passionnante ! Car le monde vivant pose des problèmes poétique fondamentaux. Comme la question de la survie, la finalité de la vie, pourquoi la vie plutôt que "pas la vie" - ce sont des problèmes vertigineux ! 
Or, les animaux peuvent nous aider à répondre à ces questions. J'ai reçu l'empreinte de l'éthologie lorsque j'ai senti a cette époque, qu'il y avait de l'espoir dans le monde vivant et beaucoup à comprendre à travers notre connaissance des animaux. Alors qu'avec les êtres humains, je n'avais qu'une attitude à adopter : tenter de me protéger.
Les adultes n'étaient pour moi que du danger.
Probablement que l'éthologie m'est venu de ce constat."

Boris Cyrulnik- je me souviens. Le Bouscat, l'Esprit du temps, 2009.

Enfants et animaux des liens en partage- Karine Lou Matignon-

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